Après des vacances bien méritées, je suis de retour… au boulot !
Je me suis occupé pendant mes congés en fabriquant un couteau de berger Corse à manche en corne de bouc, dont voici le détail pour les hobbystes passionnés ! Je rappelle quand même que je suis débutant, mais ça progresse doucement ! Il s’agit d’un pliant d’une longueur ouvert de 19 cm, avec un manche de 12 cm et une lame de 3 mm d’épaisseur. Ce pliant est le classique du couteau Corse, celui que les bergers possèdaient jadis et qu’ils se fabriquaient souvent eux-même avec de la corne de bouc ou de chèvre; la lame était récupérée sur une tonte usagée ( ciseau servant à tondre les brebis ). Il est de type couteau deux clous ( 1 clou pour l’axe de la lame et 1 clou sur lequel vient buter le talon, à part que là je ne l’ai même pas mis car la lame se bloque d’elle même lorsque le couteau est ouvert. Vous me suivez ?)
Les ingrédients de la recette :
- une barre d’acier XC75
- une corne de bouc ( j’ai choisi le morceau terminal, pas besoin de toute la corne quand même )
- de l’huile de cuisson et PLEIN D’OUTILS !!!
La recette :
Un morceau de métal d’environ 10 cm dans la barre de XC75 a été découpé. Elle a été travaillée en « stock removal » (enlèvement de matière ) gràce à une meuleuse, des limes et une ponceuse rotative.
La lame est de type « bowie point » ( à contre tranchant non aiguisé ) et a été traitée en émouture plate. Ell a subie deux normalisations ( acier chauffé, puis refroidi tranquillement à l’air). Ensuite j’ai fait une émouture classique sommaire. La trempe s’est faite avec un chalumeau, puis la lame a été trempée dans de l’huile chaude, puis refroidie. Le revenu a été effectué au four, 40 mn à 200 °C… Le résultat n’était pas satisfaisant à mon goût, mais bon, on progressera encore !
Ensuite il a fallu s’occuper plus sérieusement de l’émouture, en passant du papier abrasif du plus gros au plus petit. Le polissage a été fait après le montage du couteau.
En fait, le gros morceau c’était le travail de la corne de bouc, matière que je ne connaissais pas du tout. Si vous voulez divorcer les mecs, c’est un bon motif… car lorsque c’est frais… CA PUE !
Voici les étapes pour confectionner un manche de couteau en corne :
1-repérer un champ où se trouve un bouc; pendant qu’il dort lui piquer ses cornes et courir très, très vite !
2-la corne est une matière vivante, c’est comme de l’ongle et c’est creux avec un os à l’intérieur, sauf à l’extrèmité ( les 8 ou 15 derniers cm, selon la longueur de la corne, c’est plein, sans os – c’est la partie la plus intéressante pour un manche ). Toute la corne est utilisable : petites parties entières pour manches de piémontais et grosses parties coupées en deux pour faire des plaquettes.
3-scier la corne en tronçons ( scie à métaux c’est mieux ); porter un masque et des lunettes car la corne libère de très fines particules qu’il vaut mieux ne pas respirer.
4-faire bouillir dans l’eau les tronçons ( quelques minutes, ne surtout pas faire cuire ) et les tremper dans de l’eau froide; retirer l’os en tapant à l’extrêmité la plus étroite avec un tige et un marteau. Bien nettoyer la corne et la sécher.
5-faire chauffer de l’huile de cuisson ( la moins chère et on pourra la récupérer pour des trempes de métaux par exemple ) sans la faire bouillir ( 70°C ) dans une casserole. Ne faites pas ça dans la cuisine, car c’est votre femme qui va utiliser le couteau en premier pour vous le planter dans le dos !Vous avez compris que dans cette huile on va y mettre la corne quand même !!!
6-pendant que l’huile chauffe préparer un étau avec deux planches en bois et deux plaques en fer qui vont servir à coincer la corne. Il faut travailler au « feeling » ensuite; lorsque la corne est ramollie ( ne surtout pas la faire cuire ATTENTION! ) la récupérer dans la casserole, la coincer dans l’étau et serrer rapidement comme une BRUTE pour l’aplatir ! il faut aller très vite. Si vous entendez du bruit ( craquements ) en serrant, arrêtez tout c’est que la corne n’est pas ramollie.
7-vous laissez la corne aplatie dans l’étau cinq minutes, vous desserez et la trempez dans un seau d’eau froide le temps que cela devienne froid… MISSION ACCOMPLIE !
8-maintenant il faut préparer le manche. Plusieurs méthodes existent; En ce qui me concerne, j’ai mis la corne dans un étau et en m’appliquant, avec une perceuse munie d’une roue dentée, j’ai creusé le canal pour former une gorge sur toute la longueur du manche ( faire souvent des essais avec la lame pour vérifier qu’elle s’insère bien, c’est ça le plus dur ).
9-il ne reste plus qu’à monter le couteau et à l’aiguiser et le tour est joué !
bonne nuit, on l’a bien mérité…